Nigeria

Un antipaludéen à double emploi

vendredi 14 avril 2017, par Info du continent

Version imprimable de cet article Version imprimable

Un antipaludéen à double emploi

Onche Odeh

Lecture
- L’Afrique subsaharienne connaît 880.000 mortinaissances par an, en partie liées aux IST
- Une étude montre qu’un anti-paludéen pendant la grossesse peut prévenir les ISTR
- Selon un expert, les nouveaux résultats confirment des connaissances antérieures

Selon une étude, un médicament utilisé pour lutter contre le paludisme chez les femmes enceintes pourrait également traiter les infections sexuellement transmissibles (IST).

Les résultats de l’étude menée par des chercheurs de l’École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres [London School of Hygiene and Tropical Medicine – LSHTM] ont révélé que la sulfadoxine-pyriméthamine (SP, commercialisée sous le nom de FANSIDAR®), une association de médicaments recommandée lors d’une visite prénatale pour le traitement préventif intermittent (TPI) du paludisme chez les femmes enceintes dans les zones endémiques, pourrait réduire le risque d’infections sexuellement transmissibles telles que la gonorrhée, la chlamydiose, la trichomonase et la vaginose bactérienne.


“Nous espérons que cette mise en évidence soutiendra les efforts des gestionnaires de programmes et des décideurs pour étendre la couverture TPI-SP.”

Matthew Chico LSHTM


Selon les chercheurs de la LSHTM, environ 880 000 mortinaissances et 1,2 million de décès néonataux se produisent chaque année en Afrique subsaharienne. Les experts estiment que le paludisme et les IST augmentent le risque de fausse couche.

L’étude, publiée dans la revue Clinical Infectious Diseases le mois dernier, a été menée entre novembre 2013 et avril 2014 dans la localité de Nchelenge, en Zambie.

Selon l’étude, les femmes qui avaient deux doses ou plus de TPI-SP, comparativement à une dose de zéro à une, ont eu un risque de contracter le paludisme de 76%, alors que le risque de gonorrhée ou de chlamydiose a été réduit de 94%.Retour ligne automatique

Infographie : L’étude en résuméRetour ligne automatique
Les chercheurs ont également constaté que les femmes qui ont reçu deux doses de TPI-SP ou plus, comparativement à une dose de zéro à une, avaient vu leur risque de mortinatalité, de faible poids à la naissance, d’accouchement prématuré ou de retard de croissance intra-utérin réduit de 45%.

L’auteur principal de la recherche, Matthew Chico, professeur agrégé à l’École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres, affirme avoir cherché principalement à estimer la prévalence de la co-infection par le paludisme et les IST curables ou des infections des voies génitales parmi un échantillon de 1 086 femmes enceintes qui suivaient des soins prénatals en Zambie rurale.

Matthew Chico ajoute que l’étude cherchait à combler un vide de données, car il n’existait jusqu’à présent aucune statistique sur la prévalence de la co-infection.

"Nous espérons que cette preuve appuiera les efforts des gestionnaires de programme et des décideurs pour étendre la couverture de TPI-SP", a déclaré Matthew Chico à SciDev.Net.

Oladoyin Odubanjo, secrétaire exécutif de l’Académie nigériane des sciences (NAS) et président du Chapitre de Lagos de l’Association des médecins de la santé publique du Nigeria, a pour sa part déclaré : "L’étude ne sert qu’à confirmer ce que nous pensions.

Et d’ajouter : "Le fait de donner des SP pendant la grossesse est réputé bénéfique pour prévenir [ou] traiter le paludisme pendant la grossesse. Cependant, on pensait également éviter les complications liées aux infections et cette étude apporte une preuve."

À l’heure actuelle, seulement 25% des femmes enceintes reçoivent deux doses ou plus de TPI-SP, ce qui laisse la plupart des femmes enceintes sans protection.